Carnet de Route 17-14 Adèle Blanc-Sec, la bataille de Chatham et Matthijs Maris

Samedi soir, le 4 novembre 2017, j’ouvre la première page du premier tome des Aventures Extraordinaires d’Adèle Blanc-Sec, Adèle et la Bête. L’encadré se lit: ‘Le 4 novembre 1911…´.
J’adore les coïncidences et c’est avec plaisir que je relis les tribulation de l’héroïne de Jacques Tardi. L’auteur plante le décor de ses histoires dans le Paris que nous connaissons bien, le Jardin des Plantes, les Tuileries, Denfert-Rochereau, les Catacombes.

Les deux dernières grandes guerres sont un fil rouge au travers de l’œuvre de Tardi.
J’y songe régulièrement et autour du 11 novembre, Marleen et moi, portons la petite broche symbolisant un pavot rouge. Les chiffres des pertes humaines sont au delà de ce que nous pouvons imaginer. À quelques millions près, ce sont des estimations, la première totalise 20 millions de morts, moitié civils et moitié militaires et la deuxième, 75 millions, un tiers militaires et deux tiers civils. Leur mémoire mérite un pavot.

Nous passons une semaine à Amsterdam.
Dans le carnet rouge Moleskine qui me tient de livre à tout inscrire, j’ai une liste d’une page de choses à faire et à voir. En haut figure le Rijksmuseum et le Stedelijk Museum. Notre longue expérience de visiteurs de musées nous a appris qu’après deux heures d’exploration, on ne voit plus rien. Une pause café permet de relancer la machine mais il vaut mieux déclarer forfait et revenir le lendemain, l’esprit frais et éventuellement changer de musée l’après-midi.
Notre ‘Museumkaart’ nous garantit l’entrée gratuite dans plus de 400 musées en Hollande, dont le Rijksmuseum à Amsterdam. Aussi, nous y allons pendant trois matinées consécutives.

Pendant la deuxième guerre qui opposa l’Angleterre aux Pays-Bas, Johan de Witt, chef politique des Provinces Réunies, commissionna l’amiral Michiel de Ruyter d’exécuter un audacieux plan d’attaque. Le but était d’anéantir la flotte ennemie qui était ancrée à Chatham, à l’intérieur du pays, sur la rivière Medway. En juin 1667, à la tête d’une centaine de bateaux, ce dernier détruisit le fort de Sheerness qui défendait l’embouchure du fleuve, brisa la chaîne qui entravait la route vers l’endroit d’amarrage et mis à feu la flotte anglaise. Comble d’humiliation, de Ruyter captura et ramena aux Pays-Bas, le navire amiral Royal Charles, le plus puissant de la flotte anglaise. Il fut amarré à Hellevoetsluis où il trôna symboliquement pendant sept ans avant d’être mis à la casse, les Hollandais le trouvaient trop grand pour leur usage.
Le 31 juillet 1667 à Breda, un traité de paix fut signé entre les deux pays.

C’est dans la salle 2.18 du Rijksmuseum que nous découvrons la commémoration du 350e anniversaire de cette bataille. Dans la salle 2.15, celle adjacente à la Galerie d’Honneur, sont également exposés, dans la collection permanente, quatre tableaux qui retracent l’épopée de la flotte de Michiel de Ruyter. Le médaillon de la poupe du Royal Charles est accroché au dessus du passage qui relie les deux salles.

Plus loin, nous écoutons avec attention les explications données par leur professeur à une classe de jeunes ados qui admirent ´La Ronde de Nuit’ de Rembrandt. Le tableau est mis en évidence au fond de la Galerie d’Honneur du musée. Comme nous, regardez attentivement et vous verrez au centre du tableau, au niveau de leur tête, entre Frans Banning Cocq, en noir, et Willem van Ruytenburch, son lieutenant, en blanc, une main qui dévie le canon d’un fusil, comme pour éviter que le tir ne percute l’autre personnage en noir, figurant à l’extreme droite du tableau.

Dans l’aile dite Philips, une exposition temporaire nous fait découvrir Matthijs Maris, un peintre Hollandais de la fin du 19e, début 20e siècle. Comme beaucoup de ses contemporains il voyagea en Europe et vécu à Paris et à Londres.

En 1869 Maris achète un paravent à quatre panneaux dans une brocante Parisienne. Il remplace les panneaux en bois par de la toile et peint sur chaque élément une nymphe dansante. Plus tard à Londres, le galeriste Cottier pour lequel il travaille, vend chaque tableau séparément.
En 1914, le collectionneur Canadien William van Horne achète et réunit les quatre panneaux pour en refaire le paravent, exposé aujourd’hui au Rijksmuseum d’Amsterdam.

Dans mon prochain billet je vous raconterai la suite de notre séjour à Amsterdam, le Stedelijk Museum, l’Art Brut à l’Hermitage et les Hollandais à Paris, l’exposition temporaire au Musée Van Gogh.

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Carnet de Route 17-13 Verden, Mūnster, Eindhoven, Gand

Il était une fois un sacristain de la cathédrale de Verden qui après avoir détourné l’argent de la quête de la maison de Dieu, l’avait ignoblement gaspillé. Lorsqu’il dût rendre des comptes à l’évêque, il jura par le diable qu’il n’avait jamais agi de la sorte. C’est alors qu’un rugissement puis un ricanement, par trois fois, s’élevèrent dans la nef. Le Mal en personne apparut, saisit le sacristain par la peau du cou et s’enfuit avec lui. Mais sa proie resta coincée dans le mur et fut transformée en pierre.
Dans l’arrière-cour du préau de la cathédrale de Verden, on peut voir en hauteur, dans le mur, figé pour toujours, le sacristain horrifié.

Ce dimanche, le 15 octobre 2017, en visitant la cathédrale, on découvre que le ‘Vokalensemble der Kantorei Bethel’ de Bielefeld y donne un concert intitulé ´Geistliche Abendmusik’. Marleen s’installe sur une des chaises disponibles dans la nef, je continue ma promenade d’exploration de la ville.

La ville de Verden est située sur le tracé de notre route du retour et nous sommes intrigués par le ´Deutsches Pferdemuseum’. La cité porte le surnom de Reiterstadt, la ville du cavalier.
À partir des années 30 elle fut le centre de nombreuses manifestions chevalines internationales et nationales, s’en suivit l’élevage de races de grande qualité, le tout lui conférèrent son nom. Le musée est installé dans une ancienne caserne. On peut y suivre l’histoire du cheval, de l’Eohippus, de la taille d’un chien, qui vivaient dans les forêts européennes il y a 50 millions d’années, aux pur-sang actuels en passant par les Przewalski, chevaux historiques mongols.
Le sport n’est pas oublié ni la collection d’accessoires anciens et modernes.
Le guide m’explique que le musée est en évolution permanente et que bientôt une section sera consacrée au polo.

Après la visite nous flânons dans les rues piétonnières de l’ancienne ville et c’est ainsi que nous poussons la porte de la cathédrale dont question ci-avant.

Il y a quelques semaines au musée Gaia à Randers nous avons découvert l’existence d’un autre musée d’Art Brut, situé au sud de Münster. La Kunsthaus Kannen est attaché à la clinique psychiatrique Alexianer et ses ateliers font partie intégrante de la thérapeutique.

D’un pas, nous allons de Verden à Münster.

Dans la boutique du musée nous achetons le livre publié par la European Outside Art Association. Sous forme de carnet de notes il met en carte 64 musées dans 24 pays, galeries, ateliers, associations dédiés à cette forme artistique. Notre liste des choses à voir s’allonge.

En faisant le tour de la galerie Kannen, on se fait la réflexion que la différence entre les œuvres qualifiées ´Art Brut’ et celles libellées ´Art Moderne’ est dans la définition et le prix demandé plutôt que dans la valeur artistique. J’aimerais assister à un débat à ce sujet entre psychiatres et galeristes. Je me demande aussi ce que notre cousin Jan Hoet en pense, du fond de sa tombe.

Notre voyage automnal se termine à Eindhoven chez nos amis Marjan et Will. J’ai déjà eu l’occasion d’expliquer que Marjan est une graphiste qui depuis quelques années, réalise également des œuvres en verre. Voir son site https://www.marjansmit.nl/
Nous passons chez eux deux jours de joie, de bonne humeur et de plaisir culturel.
Que penser d’une fin de journée, un 19 octobre, assis à l’extérieur en T-shirt, autour d’un feu de bois, un verre de champagne à la main?

Le vendredi accompagnons nos hôtes au vernissage de l’exposition ´Glas 4 Ever’ au musée Gorcums à Goringhem.

Samedi midi, après deux heures de route, heureux et la tête pleine de belles choses, nous poussons la porte de notre logis.

Notre sang nomade ne ment pas, la suite est programmée, dans peu de temps nous reprendrons la route et je publierai mon billet hebdomadaire.

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Carnet de Route 17/12 Koldinghus,Trapholt,Louisiana,Johannes Larsen,Møn

Je présente l’écran de mon iPhone à la jeune fille au guichet d’entrée du ferry, elle tend un pistolet lecteur de code-barres, l’imprimante crépite, elle me présente mon billet d’accès et me précise de prendre l’allée numéro 9. Avec un grand sourire commercial mais gentil, elle nous souhaite une bonne traversée.
La veille au soir, à Klintholm, le petit port au sud de l’île de Møn, à l’aide de mon iPad, j’avais réservé et payé les 115 € que coûte la traversée en bateau du Danemark vers l’Allemagne, de Rødby à Putgarden. Je reste émerveillé par les facilités offertes par la technologie moderne.

J’écris ce billet de Travermünde, où nous passons notre première nuit en Allemagne depuis que nous avons quitté ce pays pour le Danemark, le 21septembre dernier. Nous allions du sud vers le nord, maintenant on fait l’inverse.

Travemünde est le port de Lübeck, l’embouchure de la rivière Trave, d’où le nom. Port de pêche et port industriel, c’est aussi un point de chute touristique. Blankenberge sur la Baltique. Le long de la promenade qui s’étend du port de pêche à la plage, les boutiques de nippes se succèdent aux restaurants à poissons et saucisses, entrecoupés de pâtisseries où nous dégustons un café et un morceau de ‘Mohn Kuchen’.

J’inverse la chronologie de mon récit de voyage.
Hier nous étions sur l’île de Møn, rien à voir avec la pâtisserie de Travemünde. La côte est, face à la Suède, est faite de falaises de craie blanche, similaires à celles de Douvres. Hautes de plus de cent mètres, elles plongent verticalement dans une mer bleue et verte d’un plus bel effet, comme vous pouvez le constater sur les photos ci-jointes.

Pour y accéder, nous avons traversé Seeland, la plus grande île du pays, où ce trouve Copenhagen.
On laisse de côté la capitale pour aller visiter le musée d’art moderne Louisiana localisé à Humlebæk, 40 kilomètres au nord du centre de Copenhagen.
En relisant ces lignes, j’ai l’impression de rédiger un manuel de géographie destiné à une école primaire, soit.

La brochure dit:
Le Musée d’Art Moderne Louisiana est un des musées internationaux dédiés à l’art moderne et contemporain les plus importants d’Europe. Situé à Humlebæk sur le côtes du Nord de Sjaelland et surplombant la mer, il représente un mélange équilibré et élégant entre le paysage, l’architecture et l’art, qui attire les visiteurs du monde entier.

Aujourd’hui il offre trois expositions. Les états d’âme de Marina Abramović, je n’aime pas Marina Abramović, Marleen est plus nuancée. L’art doit toucher émotionnellement et être un peu dérangeant. Chez Abramović, le deuxième critère prime.
Plus loin, on traverse neuf installations réalisées par 9 jeunes artistes. Ils illustrent l’incursion des technologies virtuelles dans leur vie. Aucun des deux critères cités plus haut n’est d’application.
Enfin, les portraits photographiques de Rineke Dijkstra. Remarquables.

Le musée lui-même vaut le déplacement. Les constructions nouvelles, en verre, bois et béton, ont été crées autour de la villa, l’origine de la propriété. La maison est située au centre, et l’ensemble des salles d’exposition forment autour d’elle, un grand ovale sur plusieurs niveaux.

Le parc comporte des sculptures, Marx Ernst, Miro, Henri Moore, mais également de nombreux et très beaux arbres centenaires. La vue sur le Øresund est imprenable.
Nous sommes heureux d’avoir fait le voyage.

Louisiana était, avec la visite surprise chez ma sœur, le deuxième but de notre voyage au Danemark. On a débordé un peu.

Avant Louisiana, nous avons fait un détour par Kerteminde, au nord-est de Fyn, l’île située entre la Seeland et le Jutland. C’était pour voir le musée de Johannes Larson localisé dans la propriété où le peintre a vécu et travaillé. Tout est resté dans son jus, l’habitation, le jardin surplombant la mer, le moulin et son atelier. Marleen suggère au conservateur de mettre dans l’atelier un bocal rempli de térébenthine pour conférer par l’odeur, une touche réaliste au local.

Une des salles d’exposition est consacrée à la tapisserie de Ladby.
En 2011, des (hommes) bénévoles du musée Viking de Kerteminde, ont entrepris la reconstruction d’un drakkar, le bateau de Ladby. Inspirée par la tapisserie de Bayeux, une bénévole (femme) eut l’idée de confectionner une tapisserie qui retrace l’histoire de ce navire. L’œuvre de 7 m de long, un dixième de la dimension de celle de Bayeux, vient d’être terminée en juillet 2017. Elle est exposée ici et quelques unes des brodeuses sont sur place pour répondre aux questions des visiteurs intéressés.

Je continue ma remontée dans le temps. Samedi dernier, nous étions au musée ethnologique de Moesgaard, souvenez-vous.

Dimanche, on s’est arrêté à Kolding pour voir le château Koldinghus.
Construit en 1268 pour protéger les Danois de leurs voisins de Schleswig, il devint par la suite, le château privilégié de nombreux rois Danois.
Pendant les guerres napoléoniennes, il servit de garnison aux troupes du général Jean-Baptiste Bernadotte. En 1808, un violent incendie le mis en ruine. Il s’avère que des frileux soldats espagnols, cantonnés en hiver dans ce lieu, utilisèrent les feux ouverts avec trop d’enthousiasme. Il fut partiellement reconstruit en 1890 et devint un musée. Dans les années 70 du siècle dernier, une restauration intelligente lui donna l’aspect que nous découvrons aujourd’hui. Les architectes ont préservé autant que possible ce qui restait des bâtiments originaux en y ajoutant des éléments modernes, essentiellement des structures apparentes en acier et en bois laminé.

Toujours à Kolding, en hauteur, surplombant le fjord le musée Trapholt, Art Moderne et Design présente une exposition intitulé ‘Eat Me’. Au sous-sol, le musée présente sa collection permanente, essentiellement des chaises et des meubles iconiques datant des années 60 à aujourd’hui. Sur des écrans ordinateurs placés ci et là, les visiteurs sont invités à constituer un intérieur virtuel de leur choix en utilisant les objets exposés. Le résultat de leur création peut être admiré sur grand écran à la sortie. Les plus belles réalisations sont reconstituées et exposées avec les pièces réelles.

J’écris ce billet de Verden en Allemagne. La petite ville de Basse Saxonie porte le nom de ‘Reiterstadt’.
Ce sera pour la semaine prochaine.

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Carnet de Route 17-11 Randers, Aarhus, Moesgaard, Horsens

Randers est situé à une quarantaine de kilomètres à l’intérieur des terres, au bout d’un long fjord qui débouche sur le Kattegat, à l’est du Jutland.

Lundi matin, nous avons quitté ma sœur, mon beau-frère et Silkeborg. Nous remontons vers le nord, intrigués par le musée Gaia, dont le titre est ‘Outsider Art’. Peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, le peintre français Jean Dubuffet utilisa le mot Art Brut pour désigner les œuvres créés par des artistes non-professionnels et non formés aux techniques de l’art traditionnel.
Parmi eux, on distingue souvent des prisonniers incarcérés, des fous, des aliénés mentaux et physiques.
Le musée de l’hôpital psychiatrique Ghislain à Gand et le LAM, le musée d’art moderne de Lille en ont une belle collection d’Art Brut.
Pour plus de détails voir le lien suivant: http://www.hommes-et-faits.com/Dial/spip.php?article102

L’institut Gaia de Randers possède non seulement un musée, mais on y trouve également des ateliers actifs où des personnes handicapées viennent créer des objets d’art de toutes sortes. Ouverts au public, on nous encourage à nous promener entre les postes de travail des artistes à l’œuvre. La cafétéria offre un plat du jour, ce sera notre repas du midi.

Au centre de la vielle ville, la Sparekassen Kronjylland possède une collection de 3500 tirelires de toutes provenances, les plus anciennes ayant quelques siècles d’âge. Les cochons traditionnels côtoient les têtes de nègre de la période coloniale, des animaux les plus divers, des coffrets métalliques ainsi que des conteneurs issus de l’imagination débridées de leur créateurs.

De 12:00 à 16:00 le Håndværksmuseet ouvre ses portes et nous propose de visiter des ateliers d’artisans qui pour la plus part ont disparus à l’heure actuelle. Forgerons d’art, tonneliers, gantiers, fabricants de cordes en chanvre, de brosses à main, de chaussures, une cinquantaine de métiers sont représentés. À l’entrée, la liste des ateliers figure sur un panneau métallique, une pastille rouge aimantée signalé la présence d’un artisan. Ces derniers qui ont tous l’âge de leur profession, nous accueillent avec enthousiasme pour nous dévoiler leurs secrets de fabrication.

Enfin, nous visitons le Kunstmuseum où une exposition temporaire est en préparation. Aimable et serviable comme tous les Danois, le guide à l’entrée nous invite malgré tout à traverser les salles où le personnel cloue, scié, colle et dispose les objets de la future exposition. Un des employés nous aide à franchir quelques caisses, nous donne un mot d’explication et s’éclipse en s’excusant qu’il a encore beaucoup à faire, le vernissage est pour samedi prochain. Nous parcourons les salles terminées et ensuite à l’étage nous découvrons essentiellement les tableaux de peintres Danois du 18ème siècle à maintenant.

De Randers nous allons à Aarhus. Notre point de chute est le traditionnel port de plaisance situé dans une des darses qui s’ouvre sur la baie.
En route vers la ville, on s’informe auprès d’un conducteur de bus pour connaître les horaires. L’homme, d’origine indienne, s’esclaffe et nous demande avec son inimitable accent anglais: ‘Vous savez marchez? Le centre est à un quart d’heure, ne prenez pas le bus, vous allez épargner 2 fois 20 couronnes’. On le remercie et en effet, moins de 3 km, soit une bonne demi-heure plus tard, nous pénétrons dans le Kunstmuseum AROS de Aarhus.
Le 8e étage est dédié à la collection permanente du musée. Eckersberg et son école et Martinus Christian Rørbye, Vilhelm Hammershøi, Peder Knudsen, Johannes Larsen, Krøyer, Anker et les autres de l’école de Skagen. On commence à se souvenir des noms et à repérer les artistes que nous aimons.

En toiture une terrasse circulaire offre une vue sur la ville derrière des vitres teintées dans toutes les couleurs de l’arc en ciel. On reconnaît au loin le port avec ses grues, il est rouge et orange.

Place du Dôme, le musée de la femme présente une exposition dédiée à l’iconoclastie. Pourquoi au fil des siècles, certaines images furent et le sont encore, illégales, détruites, frappée de tabou, à cause de leur teneur religieuse, politique, sexuelle ou ethnique.

Jeudi, par un temps radieux, sur le chemin qui nous mène à Horsens, nous passons presque la journée entière dans et autour du musée Moesgaard. Situé en pleine nature, à 8 km au sud d’Aarhus, c’est le plus beau musée d’anthropologie que nous ayons jamais vu. Avec cette phrase, tout est dit, sauf peut-être, ´allez le voir’. Intégré dans la colline boisée du château adjacent, on est d’abord frappé par sa beauté architecturale pour ensuite être envoûté par la richesse du contenu et par la présentation. De l’âge de la pierre au moyen âge, en passant par les incontournables Vikings, c’est une promenade magique de 12.500 av. J.-C. à 1536 ap. J.-C.

L’exposition temporaire, ´The Life of the Dead’ illustre l’attitude des peuples à l’égard de la mort.

À Horsens, en fin de journée, toujours sous un ciel radieux, on oublie les musées et on se contente de se promener sur les pontons des bateaux de plaisance.

Dimanche nous avons l’intention de visiter le château de Kolding, le ´Koldinghus’.
Suite dans mon prochain billet.

 

 

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Carnet de Route 17/10 Ringkøbing, Videbæk, Herning, Silkeborg

À gauche de la route 181, c’est la mer du Nord, à droite le fjord de Ringkøbing. La ville du même nom est située au nord-est de ce lac intérieur. Nous passons la nuit amarrés sur une digue qui sépare le fjord du port de plaisance.
Il s’avère que les villes portuaires du Danemark ont installé des aires de camping sur les quais qui font face au port. On y trouve un bloc sanitaire et des connections électriques. De quoi nous satisfaire car en plus d’avoir un emplacement situé pas trop loin du centre des villes, la vue de l’eau et des bateaux nous rend heureux.
Le musée local de Ringkøbing est consacré à la deuxième guerre mondiale et en particulier aux avions allemands abattus, on passe.

À Videbæk, la ville suivante, le Vestjyllands Kunstpavillon est dédié à Arne Haugen Sørensen, son épouse et ses deux filles, peintures et sculptures. Le pavillon a été réalisé par Henning Larson, architecte Danois. Il est également l’auteur de l’opéra de Copenhagen. Voir les photos ci-dessous.

Plus loin, nous faisons halte pour la nuit à Herning et le lendemain on consacre une partie de la journée au Birk Centerpark. On y trouve dans une succession de bâtiments blancs, des écoles d’art, un centre de design, une usine de chemises, un parc avec des statues, une coupole noire surmontée de 4 cheminées et deux musée.

Le Carl-Henning Pedersen et Else Alsfelt, un couple de peintres qui font partie du groupe Cobra. Une majestueuse frise circulaire en céramique fait partie de l’architecture du musée. L’exposition est une rencontre entre les œuvres de Pedersen et les sculptures du prince consort Henri du Danemark.

De l’autre côté de la rue se trouve le musée d’art contemporain HEART. On aime les objets de Ingvar Cronhammar.

Dans une salle adjacente Mathias & Mathias offrent une caricature de ce que l’art contemporain présente souvent, aux spectateurs d’y appliquer le label ‘Art’. Entre autre ici, des bouteilles d’eau minérale en plastique, partiellement emballées.

Mercredi après-midi, nous débarquons à l’improviste chez Jacqueline et Jørgen, ma sœur et mon beau-frère Danois. Ils habitent depuis de nombreuses années en pleine nature, au milieu de forêts boisées, à quelques kilomètres à l’est de Silkeborg.
Jørgen s’est pris d’une passion pour les champignons des bois. Lors de sa promenade journalière avec son berger allemand Raksha, il a repéré à quatre endroits différents des chanterelles sinueuses et des chanterelles jaunissantes. Un matin, il m’emmène à la cueillette. Une heure et demie plus tard, nous rentrons avec près d’un kilo et demi de champignons frais. Au passage, Jørgen a ramassé quelques beau cèpes qui feront un excellent potage.
Il nous faut presqu’autant de temps pour les nettoyer, un à un, en observant que nous avons ramassé le produit comestible. Les chanterelles sont assez faciles à identifier car les lamelles du chapeau sont arrondies comme vous pouvez le voir sur les photos ci-jointes.
La cuisson est simple. Dans un large poêlon, Jørgen fait revenir un oignon et de l’ail dans un morceau de beurre. Une fois glacés, il les met de côté. Ensuite les chanterelles sont réduites dans le même poêlon également avec du beurre. Avant de les consommer, il rajoute le mélange oignon-ail et de la crème pour lier l’ensemble.
C’est excellent avec du poulet ou de la viande de porc rôtie.

Vendredi on passe une plaisante soirée en famille au bowling de Silkeborg. Pour fêter les seize ans de Katrine, la petite-fille de ma sœur, on joue aux boules et ensuite on partage un repas au Grill, le restaurant de l’endroit.

Samedi, sous un crachin tenace, on se rend à Silkeborg Bad. L‘ancienne station station balnéaire est devenue un musée d‘art moderne et le parc se dit de concurrencer le parc des statues de Lousiana. Ce dernier se trouve sur notre futur parcours.

Dimanche matin, par un temps radieux, Peter, le fils de Jacqueline et son épouse nous emmènent faire un tour des lacs de Silkeborg sur leur voilier, un LM 28.

Nous avons passé un excellent séjour chez ma sœur et mon beau-frère mais la route nous appelle et lundi dans la matinée, on lèvera l’ancre, si j’ose dire.

 

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Carnet de Route 17/9 – Cloppenburg, Tönning, Tønder,Ribe

À Tönning, lors d’une longue et haute crue de la rivière Eider, les habitants de la ville s’étaient réfugiés autour de l’église Saint-Laurent, le point le plus haut de la ville. Leurs prières n’avaient pas eu beaucoup d’effets sur la montée des eaux, jusqu’au moment où ils virent passer, flottant sur les vagues, un tonneau vide sur lequel un cygne blanc s’était perché.
L’inondation s’arrêta et les villageois adoptèrent comme enseigne pour leur cité, un tonneau coiffé d’un cygne blanc.

Un instant en arrière.

De Hattem nous sommes allés à Cloppenburg pour nous promener dans le Museumdorf. Sur un terrain boisé, la ville a reconstruit une cinquantaine de fermes et annexes datant du 15e au 19e siècle. On peut y admirer les résidences luxueuses des riches propriétaires terriens ainsi que les simples masures des serfs. Les constructions sont similaires, mais les dimensions varient de 1 à 10. Une structure à colombage et brique rouge, couverte d’un toit en chaume, abrite à la fois une grange, des écuries et des quartiers habitation. Ces derniers sont séparés par un mur contre lequel, dans la partie grange, un seul feu ouvert sans cheminée élève la température intérieure de 8°C par rapport à l’extérieur. L’absence de cheminée permet de fumer les jambons et saucissons qui pendent aux poutres de la toiture, au dessus du feu.
On est loin des atriums en mosaïque avec chauffage au sol des villas romaines, un millénaire plus tôt.

Le matin au lever, j’interpelle une dame qui, la laisse de son chien à la main gauche, se penche sous les chênes du parking pour y ramasser quelque chose de l’autre main. Je cueille des cèpes, m’explique-t-elle, mais il faut que je vienne tôt, je ne suis pas la seule. En effet, un peu plus loin, une autre femme, la laisse de son chien à la main gauche, fouille également le sol autour du tronc des arbres.

De Cloppenburg nous remontons vers le nord-est de l’Allemagne pour aller dans la Lüneburger Heide avec l’espoir de voir les champs d’Erica en fleur. Au cœur de la région, Undeloh est un petit village où les hôtels et les restaurants offrent en plus du logis et des repas, des balades dans la bruyère, en char à banc tractés par deux chevaux.
Nous y allons à pied, parce que nous aimons marcher.

La saison touristique est terminée et la floraison touche à sa fin. Nos balades nous font découvrir un paysage vallonné. Les fleurs pourpres couvrent les parties hautes et moins protégées. Les marcheurs sont rares, le troisième âge se laisse véhiculer, une couverture sur les genoux.

Le lendemain, à Hambourg, nous franchissons le tunnel sous l’Elbe sans rencontrer le moindre embouteillage et en début d’après-midi nous nous arrêtons à Tönning. La ville est située sur la rivière Eider; l’architecture est danoise. Ce n’est pas surprenant lorsqu’on sait que dans le passé, la frontière a yo-yo-té au fil des guerres qui opposa les deux pays.

Il y a deux ans, amarrés avec le Chat Lune à Menin, un groupe de gitans de passage nous salua de ces mots: ´bonsoir les gens du voyage´ Nous primes cela comme un grand compliment.

Aujourd’hui, le Chat Lune au repos, nous avons pris la route. Notre temps n’est pas compté et lorsqu’un endroit nous plaît, nous y restons. Aussi, à peine passés la frontière danoise, nous faisons halte à Tønder, et après une tour en ville nous passons la nuit à Møgeltøder, 4 km plus loin, près du château de Schackenborg, l’ancienne la résidence du prince Joachim du Danemark et de son épouse française, Marie Cavalier. En 2014 le prince abandonna le métier de ‘gentlemen farmer’, vendit le domaine et alla avec sa famille, s’installer à Copenhagen.
Les habitants de Møgeltøner déplorent cette décision, c’est mauvais pour le tourisme.

Le lendemain, on laisse de côté les îles de Rømø et Mandø, pour aller se garer à Ribe.

C.W. Eckersberg (1783-1853), En russisk flaade til ankers paa Helsingoers red, 1826

À l’étage, la photographe Janne Klerksdorp nous ravit avec ses clichés des côtes danoises.

Notre prochain musée est le ‘Art Museum’ de Esbjerg. La précédente exposition temporaire est terminée et la prochaine est en préparation, aussi, le ticket d’entrée pour les œuvres permanentes est à moitié prix, heureusement. On les découvre dans 39 casiers montés sur rails que nous ouvrons systématiquement, les uns après les autres, dans l’espoir d’être agréablement surpris.
Marleen commente: ´keep them there’.

Nous passons la nuit sur le quai d’une des darses du port. L’activité des bateaux de pêche nous berce. Avant de poursuivre notre chemin vers le nord, le lendemain matin, le lundi 25 septembre 2017, nous achetons du poisson dans la boutique du fumoir.

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Carnet de Terre 17/8 – Nouveau départ

Le Chat Lune repose sur ses béquilles d’hiver dans un des halls de Carron Marine à Zelzate. Avant de partir, nous sommes allés le saluer et nous en avons profité pour récupérer 4 tablettes de chocolat noir qui étaient restés dans un des coffres à nourriture.
J’ai croisé Brian, l’homme à qui je confie le nettoyage et le polissage extérieur du bateau. J’aime entendre les commentaires admiratifs des gens que nous croisons, lorsqu’ils nous demandent si le Chat Lune est un bateau neuf.
Dietrich, le technicien du chantier à préparé le bateau pour l’hiver, c’est à dire qu’il a procédé à la vidange des circuits d’eau et au remplissage des conduites par du glycol. Il attend encore les filtres qu’il a commandé pour terminer l’entretien technique. Ainsi, au printemps prochain, après la mise à l’eau, nous pourrons appareiller d’un tour de clé.

Mercredi dernier, nous avons quitté Gand pour aller à Eindhoven, chez nos amis Marjan et Will, des sympathiques Hollandais dont nous avons fait la connaissance, il y a quelques années sur la Marne, en voyage vers Toul, avec leur vedette Hollandaise Gertruida, bien évidemment.

De mère en fille, Marjan est artiste, tout comme sa sœur. Au printemps dernier nous avons assisté au vernissage des animaux en céramique de Carolein, à la Galerie Michèle Hayem, 5 rue de Baune, Paris 7.
Si cela vous intéresse, cliquez sur les liens suivants:
https://www.marjansmit.nl et http://www.caroleinsmit.com

Marjan et Will habitent une ferme rénovée qui date de 1720 (!). Elle est située au milieu d’un grand jardin, au nord de la ville de Eindhoven.
Leur hospitalité égale leur culture et leur joie de vivre. Nous avons séjourné chez eux 3 nuits et 4 jours, partageant les repas et la bonne humeur.
Bien évidement, Eindhoven possède quelques musées dont le Van Abbe et le musée Philips, la ville est le berceau de cette société.

Chiharu Shiota tisse une trame avec des fils en laine rouge pour former un ensemble qui remplit une salle.

Hier, samedi matin, nous avons repris la route pour aller voir le MORE, un musée ‘d’art réaliste moderne’. Le mot ne nous était pas familier, ni les peintres d’ailleurs, sauf Co Westerik, à qui nous avons acheté une aquarelle il y a une quarantaine d’années.
Comme le nom l’indique, les œuvres sont réalistes, voir hyper-réalistes. Beaucoup de portraits et de nombreuses natures mortes. Ces dernières d’une excellente qualité technique mais elles nous paraissent plus stériles que celles des peintres des siècles passés. Un étage entier est consacré à Herman Gordijn, lequel est connu (mais pas par nous, qui l’avons de découvert hier) pour ses portraits d’hommes et femmes célèbres, tel que la reine Béatrix de Hollande.

Nos amis Will et Marjan qui nous ont recommandé MORE nous ont également conseillé de passer la nuit à Hattem.
C’est une ancienne ville Hansa. Elle est dans son jus mais bien restaurée, avec une tour sur la porte de la ville, des douves dans lesquels les habitants cultivent des radis et autres légumes et un inévitable moulin à vent.

Le musée local, et oui, encore un, expose des œuvres du père et du fils Voerman, célèbres pour leurs paysages et aussi pour les chromos que le fils réalisa pour la firme Verkade, le fabriquant de biscuits et chocolats dont l’usine se trouve à Zaandam, au nord d’Amsterdam.
Sous les mêmes toits, se trouve exposition temporaire d’une poignée d’artistes locaux sur le thème du Ijssel, le fleuve qui arrose la ville.

À côté, un deuxième musée est entièrement consacré à Anton Pieck. L’illustrateur est renommé entre autre, pour avoir en 1952, dessiné les éléments d’agencement, de décoration, d’architecture et les personnages du parc d’attraction de Efteling. C’est la fin de notre semaine artistique.

Aujourd’hui, dimanche, on se promène, on mange et on fait une sieste. À l’instant où j’écris ces mots, il pleut et nous attendons l’éclaircie pour aller faire un tour en ville.

J’oubliais de préciser que nous nous trouvons au cœur de la ‘Bible Belt’ et qu’ici le dimanche, à part la messe, il ne se passe rien.

 

 

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