18 – 43 – La descente vers le sud – Emil Nolde et Holstebro

Peut-on admirer une œuvre d’art réalisée par un Nazi? 

Je ne m’étais jamais posé la question avant de découvrir qu’Emil Nolde avait été membre du parti National Socialiste et fervent supporter de Hitler.

Au fil de nos visites de musées, nous avons à de nombreuses reprises vu et aimé les tableaux de Nolde. 

Aussi, sa fondation, son atelier et la maison qu’il a construit et dans laquelle il a vécu avec son épouse Ada à Seebüll, dans le Nord de l’Allemagne, près de la frontière Danoise, fait partie des points de chute de notre voyage de retour.

Sur place, le film documentaire et la biographie de l’artiste nous font découvrir un peintre obsédé par la recherche de sa reconnaissance. Emil Nolde naît en 1867 et décède le 13 avril 1956 à l’âge de 88 ans. Sa notoriété est acquise au début du siècle dernier. 

Il a 53 ans en 1920, lorsqu’il adhère au parti National Socialisme. Il est admiré comme peintre Germanique et les pontes du régime, tel que Joseph Goebbles, achètent ses œuvres. Par contre Hitler, que Nolde admire, rejette toutes les formes d’art non conforme à ses goûts. Les œuvres de Nolde se voient qualifiés de ‘dégénérés’ et en 1937, un milliers de ses tableaux sont enlevés des musées et le peintre est frappé d’une interdiction de produire son art. À partir de 1941, dans son atelier à Seebüll, il peints de petites aquarelles. Malgré l’ostracisme qu’il ne comprend pas et dont il souffre, Nolde continue à supporter le régime. 

Après la guerre, des questions sont posées à son sujet, mais très vite, il refait surface et il est confirmé comme un des grands peintres expressionnistes Allemands. Ses œuvres confisquées lui sont restituées.

Il faut voir l’artiste dans le contexte historique des époques qu’il traverse. Il est né avant Sedan, il a connu la grande guerre, la ruine de l’Allemagne, le débâcle politico-économique qui a suivi et la renaissance du pays avec le nazisme qu’il épousa.

La question posée en début de ce texte, mérite un débat que je suis prêt à engager. 

Sans entrer dans les détails, pour les deux raisons qui suivent, ma réponse est oui, avec un arrière goût. 

Premièrement, nous aimions les peintures d’Emil Nolde avant de découvrir sa biographie. Deuxièmement, le peintre embrassait le régime mais son œuvre n’en était pas un support. 

Nolde peignait ses émotions. Pas de croix gammée, mais des jardins en fleur, des personnages enlacés, des scènes de mer et des cieux tourmentés, le tout haut en couleur, Nolde était surtout couleurs.

Pour toutes ces raisons, Seebüll mérite une visite.

En quittant Grenen et avant d’arriver chez Nolde, nous longeons la côte Ouest du Danemark et logeons par deux fois en sauvage sur des parkings avec vue sur mer. La première fois à Nørre Vorupør, une village touristique que Marleen qualifie de ‘Blankenberge, et la deuxième fois sur le parking situé à l’amorce de la route qui, à marée basse, relie l’île de Mandø au Jutland. Nous y arrivons en fin d’après-midi, la marée est haute et on aperçoit plantés dans l’eau, les piquets qui balisent le passage. Le lendemain matin, au lever et à notre départ, la marée est à nouveau pleine. Nous n’avons jamais vu la route qui mène à Mandø.

Entre Nørre Vorupør et Mandø on fait un crochet à l’intérieur des terre pour voir le Kunst Museum de Holstebro. En 1965, la municipalité décide de rendre la culture accessible au citoyens de la ville. Au fil des années, des statues et des œuvres d’art sont installées aux quatre coins des rues. Aujourd’hui, Holstebro est reconnue comme étant la ville artistique du Danemark.

Nous nous contentons de visiter le musée d’art.

Le peintre et sculpteur Danois John Olsen, né en 1938, est un fervent collectionneur d’objets de toute sorte. Il ramasse des carcasses séchées d’animaux, des branches d’arbres tordues, des oiseaux empaillés, des galets de plage. Comme nous, il fréquente les vide-grenier et les brocantes à la recherche d’objets insolites. En plus de cela il récolte des déchets de notre civilisation de consommation. 

Dans le sous-sol du musée une salle entière est dédiée à ses ‘Undrekammer’. Ce sont d’imposantes vitrines dans lesquelles Olsen expose en vrac les objets qu’il a récoltés depuis une dizaine d’années. 

On adore.

Je termine ici le compte rendu de notre voyage en Allemagne et au Danemark. 

Nous passons le Rhin à Rees et sur le chemin du retour, nous faisons une traditionnelle halte chez nos amis Marjan et Will à Eindhoven. En fin d’après-midi, il faisait suffisamment beau pour prendre l’apéro dans le jardin, autour d’un feu de camp. 

Bientôt nous partons pour Enkhuizen, on y trouve un musée de bateaux en bouteilles.

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2 commentaires pour 18 – 43 – La descente vers le sud – Emil Nolde et Holstebro

  1. Vos articles sont de véritables leçons d’histoire ! Dans ce contexte, il y a un très bon livre à lire, die Deutschstunde de Siegfried Lenz
    Bonne journée !

    • duquelu dit :

      Merci pour la recommandation. La coïncidence veut que j’étais dans la bibliothèque municipale lorsque votre message est tombé. J’ai donc empreunté le livre de Siegfried Lenz. Je l’ai feuilleté et je ne vous promets pas de le lire, ce n’est peut-être pas tout à fait ma tasse de thé. J’essayerai lorsque j’aurai terminé ce que je lis actuellement.

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