18 – 40 Rügen, Kap Arkona, Fuglsang, Egeskov

Quand on dit Rügen, on pense Prora. 

C’est sur cette île que de 1936 à 1939, les nazis construisent un complexe de logements de près de 5km de long, sur la côte est, face à la plage entre Binz et Sassnitz. Inscrit dans le cadre de ‘Kraft durch Freude’, le gigantesque complexe était destiné à offrir à 20.000 ouvriers à la fois, la possibilité de jouir de vacances à la mer. 

Il ne fut jamais complété et il ne fut jamais utilisé comme prévu.

À la fin de la guerre, il servit de caserne pour les femmes de la Luftwaffe, et après la guerre les soviétiques en firent une caserne. En partie en ruine, c’est ensuite une longue histoire de récupération et d’usage divers des bâtiments. Plus récemment des promoteurs ont rénové et vendu très chers des appartements et un hôtel moderne y a ouvert ses portes. Pour les intéressés, l’incontournable Wiki vous livrera toute l’histoire de ce projet bizarre.

Mauvais ‘Chi’, comme le dit Marleen, nous passons.

À deux pas, on craque pour une promenade aérienne de 1,25 km dans dans la cime des arbres d’une forêt adjacente. Pour y accéder, pas d’escaliers mais un chemin circulaire. Pour permettre l’accès à des chaises roulantes, la pente n’excède pas 6 %. Le chemin serpente dans une cage cylindrique ouverte en bois et métal, tendu de câbles en acier.

À mi-parcours, une deuxième cage circulaire nous conduit à ‘Adelhorst’ le point de vue qui du haut de ses 82 m au dessus du niveau de la mer Baltique, donne une vue sur Rügen, la mer, le lac ‘Kleiner Jasmunder et les toits de Prora. Le ciel bleu est rempli de cumulus blancs, c’est d’un plus bel effet. 

En chemin on boit un café dans une boulangerie de Putbus. Je demande à la dame du syndicat d’initiative si on peut visiter le château. Si il y était toujours, on pourrait, me répond-elle, mais faute de fonds pour la restauration, il a été dynamité en 1962. Il reste le parc et la terrasse avec vue sur le lac. Une ancienne carte postale montre sa façade arrière. Dans cette ville toutes les maisons sont blanches et devant chacune fleurit un rosier.

Ce premier jour sur Rügen, on trouve un campement sur une plage à l’est de l’île.

Le deuxième jour nous conduit à Putgarten, à deux km du Cap Arkona, Nous marchons jusqu’au cap et gravissons les 164 marchés qui nous mènent en haut du phare, on aime les vues en hauteur. Arkona est le point le plus au nord de l’Allemagne fédérale.

Nous quittons Rügen et pour les lecteurs qui aiment la chronologie de notre voyage, après Rügen, c’est Barth et Vineta, que j’ai commenté dans mon billet précédent.

Pour aller de l’Allemagne au Danemark nous embarquons sur un ferry qui nous conduit de Rostock à Gedser, sur l’île de Falster. Gedser est le point géographique le plus au sud du Royaume du Danemark. 

 L’île suivante est Lolland et le musée ‘Fuglsang Kunstmuseum’ nous intrigue. C’est une construction moderne et récente (2008) qui abrite des tableaux d’artistes Danois du début du 20e siècle. Situé dans le parc d’un château, aujourd’hui un centre de formation.

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Comme souvent au Danemark on loge face au port de pêche. Le village s’appelle Stubberup.

Le lendemain à une cinquantaine de km de la, on s’arrête deux jours près de l’incontournable château d’Egeskov. 

La propriété privée appartient au Comte Michael Ahlesfelt-Laurig-Bille. Il y habite avec sa famille. Le manoir, le parc, les résidences annexes et les collections qu’elles abritent sont ouverts au public.

Objets en porcelaines, tableaux, meubles, jouets anciens, voitures et motos anciennes, il y en a pour tous les goûts. Les enfants peuvent profiter d’un parc d’attraction et les adultes d’un pick-nick dans les jardins. On y consacre une journée entière.

Sous les combles, entre les poutres de soutènement du toit, une figurine en bois repose sur un coussin. La prophétie veut que si on la bouge, le château s’enfoncera dans l’eau des douves, la nuit de Noël. Sans être superstitieux, mais prudents quand même, personne ne touche à la poupée et le jour venu, le comte et sa famille quittent les lieux pour aller célébrer les fêtes de Noël dans une de leurs dépendances, laissant le châteaux aux esprits.  Nous logeons dans le parking qui fait face à un moulin à vent Hollandais, anciennement propriété du château. Il est restauré et fonctionne chaque dimanche. Il moût le blé quand il y a du vent, c’est généralement le cas, ici au Danemark.

On se rapproche d’un des buts de notre voyage, la visite à ma sœur Jacqueline qui habite avec son mari Jørgen et son chien Raksha, un berger Allemand, à Laven, près de Silkeborg, au centre du Jutland.

Mon prochain billet traitera de notre séjour à Odense, le dernier point de chute avant Laven. 

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18 – 39 – Barth et Stralsund

Un matin de Pâques, un jeune berger mène son troupeau le long de la plage. La mer Baltique était calme comme un lac. Soudain, une ville ancienne surgit des flots. 

Devant lui une porte richement décorée l’invite à satisfaire sa curiosité. Les gardiens armés de hallebardes dorées, le laissent pénétrer au cœur de la cité. Il croise des habitants richement habillés de manteaux de fourrures, les femmes portent des robes brodées et arborent des bijoux en or sertis de pierres précieuses. 

Les maisons sont plus belles les unes que les autres, frontons en bois sculpté, colonnes en marbre. Les rues brillent de tous les éclats de l’or et des matières précieuses qui décorent les habitations. 

Le jeune berger est muet d’admiration. Il s’arrête devant une boutique, le vendeur lui offre une pièce de tissu brodé. Le jeune homme secoué la tête, il n’a pas un sou en poche. D’autres vendeurs se joignent au premier et offrent au berger les plus beaux objets de leur collection. Un des négociants, tout sourire, lui montre une petite pièce de monnaie, pour laquelle il lui offre l’ensemble de son présentoir. Encore une fois, à regret, le jeune berger doit refuser l’offre.

Ses poches sont vides, il quitte la ville et regagne ses moutons. 

Lorsqu’il tourne la tête, la cité enchantée a disparu dans la mer. 

Le pêcheur à qui le berger raconte son histoire, lui dit, tu as vu Vineta. Cette ville fut la plus riche d’Europe mais ses habitants était devenus tellement arrogants que les dieux de la mer l’ont condamné à disparaître. 

Si tu avais eu une pièce de monnaie pour accepter l’offre du marchand, la ville aurait ressuscité des flots. 

Depuis toujours, scientifiques et pseudo-scientifiques épluchent les textes anciens et explorent au sonar le fond de la mer en face de Barth à la recherche des traces de la ville disparue. 

C’est la cité d’Ys de la Poméranie. 

Le musée Vineta de la ville portuaire de Barth nous apprend cette légende.

À l’instar de la figure du blason de la ville, je porte la barbe et par conséquent, le prix d’entrée est de 3€ au lieu de 4€. 

Nous venons voir les tableaux du peintre Oscar Achenbach.

 

À l’étage, on découvre un autre peintre, enfant de la ville, Louis Douzette. D’origine huguenote et spécialiste des clairs obscurs, on le surnomme ‘Douzette clair de Lune’.

La ville hanséatique Stralsund est la porte de l’Île de Rügen.

Après la deuxième guerre mondiale, pendant le régime DDR, des architectes construisirent, au nom du peuple, des immeubles du style stalinien au centre de la ville historique. 

Après la chute du mur, la municipalité fit démolir ces horreurs et en 2002 la ville fut classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Le vielle ville a gardé son caractère et sa structure médiévale.

Six églises gothiques en brique rouge témoignent de la richesse de la cité hanséatique.

En 1872 et en 1874, deux tempêtes inondèrent en partie l’île de Hiddensee, située à l’ouest de Rügen. Par deux fois, après chaque tempête, des pêcheurs découvrirent des bijoux en or massifs provenant peut-être d’une tombe Viking que les tempêtes avait mis à jour. L’origine exacte n’a jamais pu être identifiée. Les 16 objets finement travaillés datent des années 1000 ou 1100 de notre ère.

 

Une autre attraction de la ville est le ‘Ozeaneum’, un complexe marin avec un aquarium géant, selon la brochure, un des trois plus grand d’Europe.

Avant d’arriver à Stralsund, nous avons fait une halte à Potsdam. On connaît bien la ville pour y avoir séjourné de 2010 à 2012 comme vous pouvez le lire sur mes billets de l’époque.

Mon prochain message sera consacré à notre visite de l’Île de Rügen.

 

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18 – 38 – Löbnitz, Dessau & Bauhaus

Dans les musées et les expositions, j’ignore toujours les interdictions de prendre des photos en faisant attention à ne pas me faire repérer par un gardien.

Je viens de prendre un cliché d’une maquette de Carl Fieger, lorsque la guide attentive bondit de sa chaise, accours vers moi et d’un ton sévère me rappelle l’interdiction. Dans la pénombre de la salle, je n’avais pas vu la bougresse. Plus tard, je la retrouve dans une autre salle et nous bavardons gentiment. 

Comme nous, elle non plus, ne connaissait pas Carl Fieger avant de le découvrir par l’exposition que la Fondation Bauhaus de Dessau lui consacre.

Carl Fieger est un des collaborateurs de Walter Gropius. Architecte, dessinateur et concepteur, il est un de ceux qui ont contribué à faire du Bauhaus un courant architectural majeur du siècle dernier.

En 1919, Walter Gropius crée le mouvement Bauhaus à Weimar. En 1925, des raisons politiques le contraignent à déménager son école à Dessau. Les architectes et artistes qui forment le groupe trouvent ici la liberté de créer une synergie entre l’architecture, le mobilier, les objets d’usage journalier, la danse, la musique et l’art. 

La ville compte aujourd’hui encore, de nombreux témoignages architecturaux construits à cette époque, dont la ‘Bauhausgebaude’ et les ‘Meisterhäuser’ dans lequel vécurent entre autre, Ise et Walter Gropius, Anni et Josef Albers, Lucia et László Moholy-Nagy, Oskar Schlemmer, Paul Klee, Wassily Kandinsky et Lyonel Feininger.

On y passe la journée avant d’aller planter pour la nuit, notre Roulotte dans le port de plaisance de la ville, le long de l’Elbe.

Notre manière de voyager et d’explorer un pays laisse au hasard une grande part des découvertes. Cette année-ci en Allemagne nous avions trois points de chute, Leibniz, Dessau et l’île de Rügen où nous sommes au moment où j’écris ce billet. J’en parlerai dans une prochaine publication.

En cours de chemin, on glane des brochures, on lit les panneaux publicitaires le long des routes, on cause avec les gens qu’on croise et on pousse systématiquement la porte des syndicats d’initiatives. 

Ainsi, on découvre que l’église évangélique de Löbnitz, comporte le plus grand plafond illustré d’Allemagne. Une BD de 250 tableaux, réalisé en 1691 par le peintre Christian Schilling. Le pourtour compte 82 panneaux avec des motifs floraux et au centre on peut voir 168 panneaux avec des motifs bibliques, 36 de l’ancien et 78 du nouveau testament.

L’intérieur est tout aussi décoré. 

Pour visiter, il suffit de sonner au presbytère qui se trouve à côté, du lundi au samedi, entre 10:00 et 16:00.

La dame qui nous ouvre la porte, nous explique qu’en plus de l’entrée principale, l’église comporte deux portes latérales discrètes. Cela permettait à chacun des deux frères, seigneurs du lieu, d’accéder au culte, par leur entrée personnelle, sans devoir se croiser et sans devoir se mêler au peuple.

La ville hanséatique de Stralsund est la porte de l’île de Rügen.

Avant cela, nous avons fait une halte à Potsdam.

J’ai du rattrapage à faire dans mes billets.

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18 – 37 – Leipzig

À Leipzig, du 16 au 19 octobre 1813, la ‘Bataille des Nations’ oppose Napoleon I au Tzar Alexandre I. Vaincu, l’empereur retourne en France. Sur sa lancée, la Coalition Russe, Prusse, Autrichienne et Suédoise occupe la France. Napoléon est contraint d’abdiquer, il est exilé sur l’île d’Elbe en mai 1814. 

La bataille auquel participent 500.000 soldats est la plus sanglante des guerres Napoléoniennes. 

Cent ans plus tard, pour célébrer le centenaire du massacre, Guillaume II inaugure le ‘Völkerschlachtdenkmal’, un édifice construit dans le style ‘Kolossal’.

Le monument de 91 m de haut est réalisé en béton recouvert de granit. Sur la façade on peut lire la devise militaire Germanique ‘Gott mit Uns’.

L’année dernière, Rudi et Christine, deux plaisanciers allemands que nous avions rencontrés sur le canal de la Marne au Rhin et avec lesquels nous avions navigué en flottille pendant une quinzaine de jours, nous ont offert un livre intitulé ‘Deutschland, Topaktuelle Tips, Fotos und Karten.’ Le chapitre consacré à Leipzig identifie quatre choses à voir et à visiter.

Le ‘Völkerschlachtdenkmal’ est un des quatre. 

Le vendredi 14 septembre, comme vous avez pu le lire dans mon billet précédent, nous avons longuement admiré les œuvres de Carolein Smit au musée Grassi, c’était la cinquième raison de notre visite à la ville; la première en réalité. Rappel:  Voir www.caroleinsmit.com

Le lendemain, le samedi 15 septembre, l’esprit frais, nous poussons la porte du ‘Museum der Bildende Künste’. Le bâtiment en forme de cube est ouvert depuis 2004. L’ancien musée avait été détruit par un bombardement Alliés le 3 décembre 1943. Les collections avaient préalablement été mis en sécurité.

Voir les photos avant et après ci-dessous.

Nous sommes presque plus impressionnés par le volumes des salles et des cages d’escalier que par les œuvres exposées. J’ai dit ‘presque.’

Au sous-sol on découvre des photos de August Sander. Nous retrouvons des clichés que nous avons eu l’occasion d’admirer à Paris il y’a quelques années.  

L’église Saint-Nicolas et l’église Saint-Thomas sont les numéros 3 et 4 recommandés par le guide de Rudi et Christine. 

La Nikolaikirche est le symbole du processus de libération de la DDR. C’est le point de départ, le 9 octobre 1989, d’un cortège de protestation de plus de 70.000 personnes, contre le régime. On connaît la suite. 

L’église Saint-Thomas est celle où Johan Sebastian Bach était Maître de Chapelle de 1723 jusqu’à sa mort en 1750. L’église est à la fois un lieu de culte et un centre musical.

Leipzig est une ville imprégnée de musique, eine ‘Musikstadt’.

Johan Sebastian Bach, Felix Mendelssohn Bartholdy, Edvard Grieg, Gustav Mahler, Clara et Robert Schumann ont vécu et travaillé ici. Hanns Eisler et Richard Wagner sont nés à Leipzig.

Pour manger, nous évitons les restaurants à touristes et nous recherchons les endroits où les autochtones se restaurent. Dans le restaurant du Kaufhaus, au 4ème étage, nous avons aimé le chou farci avec une purée de pommes de terre et des morceaux de potirons.  

Leipzig faisait partie de la DDR. Depuis près de trente ans que le mur est tombé, on trouve parfois encore en dehors des villes, des vestiges de l’ancien régime. Exemple, la gare désaffectée de Thekla où nous prenons le S4 pour aller du Melinenburg Stellplatz à la gare centrale de Leipzig. Voir la photo ci-dessous 

La Leipzig Hauptbahnhof est avec ses 80.000 mètres carrés la plus grande gare au monde. Elle fut inaugurée en 2013, deux cent ans après la Bataille des Nation et cent ans après l’inauguration du Völkerschlachtdenkmal. Aucune relations entre les événements mais j’aime la coïncidence.

Dans mon prochain billet je parle de l’église de Löbnitz, dont le plafond style ‘bande dessinée’, fut peint en 1670. On visite également Dessau, le berceau du Bauhaus et ensuite nous passons 2 jours à Potsdam.

 

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18 – 36 – Leipzig, Grassi, Carolein Smit

Si des fois il vous arrive, avant le premier café du matin, de vous sentir déprimé, lisez les billets de Sky. Vous verrez que dans la vie, tout est relatif.

Jane et Sky sont un couple d’américains que nous avons rencontré pour la première fois lors d’une halte sur un canal de France il y a plus de dix ans. Pour le lieu et la date précise, je devrais à la maison, consulter les livres de bord du Chat Lune.

Ensuite, au fil de nos navigations respectives nous sommes croisés plusieurs fois encore. Entre-temps, on garde un contact digital.

Il y a un an et demi, le verdict affreux tombe, Sky souffre de la maladie d’Alzheimer. 

Il a alors cette remarquable initiative de documenter l’évolution de son mal et il crée à cet effet un blog intitulé ‘Alzheimer’s Canyon’.

Dans le billet qu’il publie ce matin, Sky explique pourquoi il vient de décider d’arrêter de conduire une voiture.

Je vous conseille également de lire l’article où il traite de la mort.

Voir le lien ci-après:

http://alzheimerscanyon.blogspot.com/

Dans le même ordre d’idée, c’est la mort, les squelettes, le diable et l’enfer et les personnages tourmentés qui forment le fil conducteur des œuvres de notre amie céramiste Carolein Smit.

  • Après dix jours de route, nous sommes arrivés à Leipzig et notre première visite est pour le Grassi ‘Museum für Angewandte Kunst’ où l’artiste a reçu une vaste salle pour ses créations, le titre de l’exposition est ‘Amour fou’.

On découvre une ambiance mystique et féerique. Les couleurs sont riches, le rouge du sang, l’or et les perles brillantes créent un monde où les jeunes filles embrassent des squelettes, les satyres sont entourés de flammes et les diables annoncent l’enfer. Les lièvres, un des animaux favoris de Carolein, sont sanguinolents et dépouillés de leur fourrure et les agneaux ont trois têtes. La puissance et la gloire, l’amour, la violence et la mort sont omniprésents. Le mur du fond est consacré à la danse funèbre, les sculptures sont en bas relief blanc sur un fond bleu indigo. 

L’ensemble est éblouissant, parfois choquant mais toujours époustouflant, je cherche les adjectifs.

Dans un documentaire d’une bonne heure de long, on voit Carolein travailler, préparer des expositions précédentes et développer sa philosophie en discussion avec un ami critique d’art. 

Deux heures plus tard, nous quittons l’exposition, émerveillé par la beauté des œuvres et fasciné par l’imagination débordante et le travail de l’artiste.

Dans mon prochain billet je vous parlerai de Leipzig.

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18 – 35 – Mann.Münden, Nordhausen & Merseburg

Le 3 et le 4 avril 1945, une semaine avant que les troupes américaines n’atteignent la ville, la Royal Air Force déverse 2386 T de bombes sur la ville de Nordhausen. La ville est au trois quart détruite et 8800 personnes y laissent la vie.

Après la guerre, la ville est reconstruite dans un style stérile, un mélange d’architecture stalinienne de l’époque DDR et d’acier/verre/béton, que nous datons après la chute du mur. Sans âme.

Nous avons repéré le musée de l’usine IFA. Située à l’ouest en dehors de la ville, l’usine n’est pas touchée par les bombes de 1945. Par contre, elle fut démantelée en 1991, lorsque la production planifiée fit place à la concurrence libre. 

Crée en 1898, la manufacture changea quelque fois de nom et de propriétaires, mais elle produisit surtout des locomotives légères, des tracteurs et des moteurs. À partir de 1939-1940, les machines agricoles font place à du matériel de guerre dont les moteurs 12 cylindres Maybach de 220 CV et 300 CV destinés aux ‘Panzer’. 

En 1948 elle retrouve sa vocation d’origine et elle développe, fabrique et exporte des tracteurs agricoles et des moteurs. 

Aujourd’hui, il ne reste à l’emplacement de l’usine que le musée qui retrace son histoire.

Le hasard fait qu’une locomotive Montana, fabriquée ici, fut livrée à l’exposition universelle de notre ville de Gand en 1913. Elle servit à tracter le tramway qui parcourait le parc de l’exposition. 

Nordhausen est située sur le trait de crayon qui nous dirige vers Leipzig.

J’avais repéré l’usine IFA et la ‘Museum Haus Meyenburg’ comme points d’intérêt de la ville. Le musée d’art est temporairement fermé, une nouvelle exposition se prépare, le vernissage à lieu dans 4 jours. Nous n’attendons pas. 

Pour la nuit, nous rangeons notre engin à un emplacement prévu à côté de la piscine municipale. Le prix du stationnement comprend un ticket d’entrée des salles d’eau. Marleen et moi nous amusons beaucoup dans les bassins situés à côté de la piscine olympique. Le plan d’eau regorge de surprises, on nage à l’intérieur et à l’extérieur, il y a des couloirs avec du contre-courant et des jets puissants qui surgissent de manière intempestive, l’eau est à 26°C, pas chlorée, un délice.

Avant Nordhausen, à 30 km au sud du trait de crayon, Marleen à repéré Hann.Münden. C’est la ville des trois rivières car située au confluent de la Werra et de la Fulda qui se rejoignent en donnant naissance à la Weser, le long de laquelle nous avons passé deux journée de repos à Wahlsburg. Pour vous éviter de sortir un atlas, sachez que la Weser est la rivière qui part de Mann.Münden pour rejoindre la mer du Nord à Bremerhaven, 300 km plus au nord.

Les forteresses volantes de la RAF ont ignoré l’endroit car c’est aussi la ville des 700 maisons à colombages. 

Enfin, c’est la ville du Dr.Eisenbart. Sans diplôme lui-même, le barbier, dentiste, ophtalmologiste et chirurgien ambulant doit son éducation à son père et son beau-frère qui eux étaient médecins.  

Sa renommée est telle qu’il bénéficie de privilèges accordés par la famille Royale. 

Il opère avec succès cataractes et calculs rénaux. Lors de ses voyages, il est accompagné de saltimbanques et de musiciens ambulants qui doivent distraire la foule des curieux pendant qu’il procède à des opérations sans anesthésie, le chloroforme n’est pas encore inventé à la fin du 17ème siècle. Vers 1800, la chanson ‘Ich bin der Doktor Eisenbart’ fait fureur dans toute l’Allemagne. 

Marleen me signale que son grand-père lui chantait le doctor Eisenbart, sa renommée a franchi les frontières!

À midi, le carillon de l’hôtel de ville sonne la chanson lorsqu’un cortège de personnages illustrant le docteur au travail, sortent de deux fenêtres de la façade du bâtiment.

À 30 km à l’ouest de Leipzig, où nous attend l’exposition de Carolein Smit dans le musée Grassi, nous faisons une halte à Merseburg pour y passer la nuit et préalablement visiter le Dom et le château.

Mon prochain billet sera consacré à notre visite de Leipzig. 

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18 – 34 – Eindhoven, Ahlen et Paderborn

Nous allons à Leipzig voir une exposition des œuvres de Carolein Smit au musée Grassi. En route, nous faisons une halte chez sa sœur, Marjan Smit. Les deux femmes sont des artistes, la première réalise des sculptures en céramique, la seconde des objets en verre coulé et des dessins à la plume sèche.

Ouvrez les liens suivants pour faire leur connaissance:

www.marjansmit.nl

www.caroleinsmit.com

Marjan et son mari Will habitent une ferme rénovée au nord de la ville de Eindoven. Extérieurement, l’habitation a gardé l’aspect qu’elle avait lors de sa construction, vers 1730.

Nous avons fait la connaissance de nos amis il y a plusieurs années lors d’un amarrage sur le canal de la Marne au Rhin. Depuis, il nous arrive de naviguer ensemble et régulièrement, lors d’un passage en Hollande, nous profitons de leur hospitalité.

C’est le cas en cette fin de saison.

Comme je l’ai mentionné dans mon billet précédent, nous avons profité de notre séjour à Eindhoven pour aller au Noordbrabants Museum à ‘s Hertogenbosch voir l’exposition consacrée à  Kamagurka. Le caricaturiste Belge est principalement renommé pour ses dessins sarcastiques et absurdes. Ils sont publiés dans la revue Humo. L’exposition s’intitule Kamagusrkistan, le sous-titre est ‘La frontière du sérieux’. Marleen aime beaucoup. 

Le musée nous fait également connaître l’artiste contemporain Manish Nai. Étoile montante de l’art abstrait, Manish Nai fabrique des objets à l’aide de déchets divers, tel que sacs de jute, cartons et des déchets de tissus multicolores des saris.

On ne quitte pas la ville sans avoir dégusté chez Jan de Groot, un café avec une « Bossche bol ». C’est un mega chou à la crème chantilly, enrobé de chocolat noir. 

Sur une carte Michelin j’ai relié d’un trait de crayon, Eindhoven à Leipzig. Ensuite je repère les musées qui se trouvent le long de ce trait, à une distance de maximum 3 heures de route entre chaque halte. Notre roulotte, sur les voies secondaires, couvre ainsi entre 100 et 150 km. 

Mon Garmin est programmé pour éviter les autoroutes. 

À Ahlen, en octobre 1993, Theodor F. Leitfeld, un riche collectionneur consolida sa collection d’art et sa villa pour créer un musée. Au fil des ans la fondation qui gère le patrimoine fit adjoindre une aile moderne à la villa classée au patrimoine historique. Le musée organise chaque année, 4 expositions ou l’art contemporain alterne avec des œuvres plus classiques.

Jusque fin septembre on peut admirer les créations d’Ines Braun et Iris Stephan. Pour chaque salle, les deux artistes ont sélectionné un tableau de la réserve du musée et elles ont ensuite laissé libre chemin à leur imagination pour créer des objets, des dessins et des peintures ayant un rapport au tableau choisi. C’est de l’art contemporain comme on l’aime.

Sur le même trait de crayon, à Paderborn, se trouve le Heinrich-Nixdorf MuseumForum dont l’ambition est de retracer l’histoire des technique d’information et de communication depuis la Mésopotamie il y a 5000 ans, jusqu’à mon iPhone aujourd’hui. Selon leur dire, le plus grand musée d’informatique au monde. 

Nous y passons une bonne demi journée et on profite du restaurant pour manger des émincés de porc au champignons avec des Spätzle pour moi et un gratin de pommes de terre pour Marleen.

Le musée possède une riche collection d’objets qui retrace l’histoire de l’écriture, des hiéroglyphes au machines à écrire mécaniques, au traitement de texte. Les chiffres et la digitalisation, les noeuds dans les ficelles de Mayas, Ada Lovelace et Babbage, Alan Turing, Bill Gates et Steve Jobs, et Petra le robot qui guide et répond aux questions des visiteurs et qui joue à cache cache avec les enfants.

Le tout est richement documenté et le tracé fléché est intelligent.

C’était la semaine dernière, depuis lors on a continué à suivre le trait de crayon vers l’Est, à l’heure où j’écris ce billet nous somme à 33 km de Leipzig.

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